ptrougeCAMPING A PARIS

Paris

Août 2009

24 images

Photog. : Vincent NGUYEN

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«Un moyen original de découvrir Paris en profitant d’un cadre naturel», promet la plaquette du camping du bois de Boulogne en bordure de Paris. Entre une route bruyante à l’est, et la Seine derrière un grillage à l’ouest, les allées goudronnées mènent aux 435 emplacements de gravier répartis sur sept hectares. «Deux artistes de cirque séjournent ici mais vous ne pourrez pas les rencontrer. Ils sont partis en vacances. Parfois, nous accueillons aussi des ouvriers qui travaillent temporairement sur Paris mais au mois d’août, ce ne sont quasiment que des touristes», explique le directeur. A voir.

Il est 17 heures, le gardien de nuit sort de son mobile home pour indiquer une immense caravane dans laquelle un couple vivrait depuis plusieurs années. Yacine, la propriétaire, invite à entrer. Elle a séjourné ici pour la première fois en 1977 avec ses parents artistes de cirque. Depuis, elle a rencontré son mari, Daviso. Il était lanceur de couteaux, elle est devenue sa cible. Cela fait une quinzaine d’années qu’ils se déplacent pour des spectacles dans le monde entier. Le reste du temps, ils habitent au camping. Le couple a acheté son motor-home en Floride, «le même que ceux que des couples de retraités utilisent pour silloner les Etats-Unis». Yacine vit avec les aléas des propositions de dernière minute depuis son enfance et ne voudrait pas qu’il en soit autrement.

Vers 19 heures, le quartier des mobile homes s’anime. Des hommes circulent entre les bungalows devant lesquels sont garés des véhicules utilitaires. Antony vient chez ses collègues chercher du charbon pour le barbecue. Les jeunes hommes travaillent pour une société électrique du Nord. Ils sont entre 30 et 50, selon les périodes de l’année, à rallier Paris le lundi matin et à rentrer chez eux le jeudi soir. Les plus vieux sont arrivés en 1993 et d’après eux, «plus ça va, moins ça va».

Chacun y va de son anecdote, comme celui qui est passé au travers du sol de la douche ou celui qui à découvert que les tableaux qui décorent les chambres cachaient en fait les trous dans les murs. «Le camping a quatre étoiles dont deux sont des étoiles filantes !» clame Michel. S’ils ont fait le choix de s’installer ici, c’est parce que les indemnités que leur verse leur entreprise ne leur permettent pas de séjourner à l’hôtel.

Ils sont de quatre à six à partager un logis de 24 m² composé de deux chambres, une minuscule salle de bains, une cuisine dans le couloir et un salon avec canapé convertible. Le mobile home est loué 273 euros pour trois nuités. Une serviette brodée www.campingparis.fr est étendue sur une chaise. «On l’utilise pour la vaisselle puisqu’on ne nous fournit pas les torchons!»

Karaoké. Au vu du pastis et des tarifs, on dirait le Sud sans la mer ni la pétanque. Le directeur du parc explique qu’il a essayé de développer des activités de loisirs mais que les touristes les délaissent, préférant se divertir dans la capitale. «S’il n’y a pas de piscine, il devrait y avoir au moins un terrain de boules, tempête Michel. Notre situation n’est déjà pas enviable en été mais le pire, c’est l’hiver. Il gèle sur les fenêtres du mobile home, même à l’intérieur. On est obligés d’allumer les plaques de cuisson pour se réchauffer.»

A l’heure de l’apéro, les vacanciers sont de retour. Partis tôt le matin pour la tour Eiffel ou le Louvre, ils rentrent fourbus, dînent et se couchent. Loin des campings avec soirées karaoké, ils cohabitent sans se rencontrer. Heleen, une touriste néerlandaise plongée dans le Journal Briget Jones, raconte que ses grands-parents fréquentaient déjà le camping. Ils le lui ont conseillé pour «la proximité de Paris. Mais ni pour le calme ni pour la propreté».
CÉLINE LEMAIRE pour Libération