ptrougeLE ROYAUME PERDU DES SETUS

Estonie

Janvier 2010

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Photog. : Vincent NGUYEN

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L’actuelle «reine du peuple setu» est une cantatrice de 54 ans qui vit dans un modeste appartement, dans un immeuble défraîchi à la sortie d’Obinitsa, village de 600 habitants. Oie Sarv a été élue pour ses origines affichées «pures setu», lors d’une grand-messe qui se tient chaque année en août, en vertu d’une tradition qui remonte au XIIIe siècle. Le souverain de l’année, incarnation de Peko, dieu païen de la fertilité honoré par les Setus malgré leur foi orthodoxe, devient alors chef de la communauté. Un rôle symbolique puisque les Setus n’ont aucune reconnaissance politique.
Peuple païen christianisé par les orthodoxes russes au début du XIIIe siècle, les Setus forment aujourd’hui l’un des diocèses les plus importants de l’Eglise orthodoxe d’Estonie en terme de fidèles. Dans un pays majoritairement protestant.
La minorité setu vit pour l’essentiel sur le Setumaa, un territoire situé à 300 kilomètres au sud-est de Tallinn qu’elle définit comme son «royaume». Un foyer ancestral coupé en deux depuis l’annexion de l’Estonie par Staline en 1945. La capitale du «royaume» setu, Obinitsa, se retrouve alors en République socialiste soviétique d’Estonie, tandis que le monastère où se trouve la sépulture du dieu Peko est intégré à la Russie, dans le district de Petchory. A l’époque, les Setus restent libres de circuler au sein de l’Union soviétique. Mais depuis la dissolution de l’URSS en 1991, les familles ont le plus grand mal à se retrouver.
Les Setus ont longtemps été victimes du mépris des Estoniens, considérés par l’intelligentsia comme des paysans arriérés et étrangers. Mais, pays meurtri par des envahisseurs multiples (Danois, Suédois, Germains et Russes), l’Estonie fouille son passé pour se construire une identité face à l’ancienne puissance tutélaire russe. « La langue des Setus apparaît bientôt aux leaders estoniens comme très proche de l’estonien ancien. Les Setus deviennent alors l’incarnation de l’estonicité la plus pure», explique le Français Yves Plasseraud, président de l’ONG Groupement pour le droit des minorités.
Avec l’entrée de l’Estonie dans l’Union européenne, la sauvegarde de la culture des Setus devient soudain une priorité. Subventionnée à coups de millions de couronnes par le gouvernement estonien et la Commission européenne.
Aujourd’hui, les brochures sur l’Estonie mettent en avant l’authenticité des Setus, leurs coutumes, leurs fêtes, leurs costumes colorés, leurs danses. L’été, des bus pleins à craquer débarquent à Obinitsa. Cette tendance à devenir un peuple attrape-touristes fait peur aux Setus.
En outre, le nombre de Setus vivant au Setumaa ne cesse de baisser. « Côté russe, ils sont victimes d’une politique d’assimilation qui leur fait perdre leurs rites, leur langue et leur religion. Côté estonien, c’est le vieillissement général», affirme Yves Plasseraud. Il y a un exode rural massif des plus jeunes. Dans les années 40, le Setumaa comptait environ 15 000 Setus. Lors du dernier recensement, en 2005, le chiffre est tombé à 6000.

(Avec Willy Le Devin)